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         Adhésion à la Réforme

 

 

Louis XIV revoque l'édit de Nantes en 1685

L'Edit de Nantes fut révoqué en 1685

Une quinzaine d'années après la révocation de l'édit de Nantes, Nicolas de la Fontenelle, sieur de La Vallée (Del 413), un  des arrières-petits-enfants de Georges Turgot, curé et seigneur des Tourailles,  se convertit au protestantisme. Louis XIV avait interdit en son royaume "la religion prétendue réformée" et les pires châtiments (prison, galère, bannissement etc) étaient réservés à ceux qui y contrevenaient. On était en pleine période de persécution religieuse. A cette époque les protestants abjuraient et émigraient par centaines de milliers.  Il fallait une extraordinaire force de conviction et de caractère pour confesser cette religion proscrite !

 

Une assemblée religieuse au Désert

Une assemblée religieuse clandestine

Selon la tradition qu'Elise Delafontenelle épouse Ch. Amand avait recueillie, Nicolas de la Fontenelle avait fait des études pour rentrer dans les "ordres", mais il fut "indigné de voir les excès commis par les catholiques au nom de Dieu qu'ils prétendaient servir; il étudia, chercha, puis se convertit, mais fuyant les représailles, il échappa à La Mottinière, qui alors était un pays de bois et de champs incultes remplis de genêts, il s'y cacha, puis ensuite se maria". C'était, dit-elle, "un homme fort instruit". Le dépouillement et la lecture d'archives privées et publiques permettent de confirmer, et en partie de rectifier, la légende familiale.

Nicolas de la Fontenelle sieur de la Vallée, fils de Guillaume de la Fontenelle (1631-1704), sieur de Roquenval (309) et de Rachel de Nantrieul (1637-1693), a été baptisé à l'église des Tourailles le 7 déc. 1677. Il eut pour parrain Nicolas Lefebvre, prêtre, chapelain des Tourailles et pour marraine, sa tante Barbe de la Fontenelle.

Les nombreux prêtres qui l'entouraient, imprégnèrent sans aucun doute sa jeunesse. Son parrain, était chapelain des Tourailles. Son cousin germain, Germain de Nantrieul, était prêtre vicaire à Condé-sur-Noireau, son oncle, Nicolas de la Fontenelle avait été prêtre à Echalou, deux de ses grands oncles, dont un autre Nicolas de la Fontenelle avaient été prêtres également à Echalou, un autre prieur à La Carneille et deux de ses cousins plus éloignés, dont encore un Nicolas de la Fontenelle, étaient prêtres, l'un à Ste-Honorine-la-Guillaume, l'autre religieux de l'ordre des Citeaux de Saint-André, près de Falaise. Serait-ce leur conduite qui indigna Nicolas et l'amena à réfléchir et rechercher la Vérité et servir Dieu selon sa conscience ? On constate que cette conversion, si elle rare à cette époque, ne fut pourtant pas un cas unique dans la région.

Sceau des Eglises du Désert adopté en 1715

Il épousa vers 1705, Marie THOURY (Tho 401), fille de Louis et de Jeanne Sorel, de la paroisse de Fresnes (canton de Tinchebray) issus de familles huguenotes depuis les débuts de la Réforme. Au début de son mariage, il est vraisemblable que Nicolas habita chez ses beaux-parents, à la Torrière, village habité presqu' exclusivement de protestants.

"Sauve nous Seigneur nous périssons        [Sceau des Églises du Désert]

En 1722, il partit se fixer à La Mottinière, village situé au sud de la paroisse de Fresnes, aux limites de Landisacq et de Tinchebray. La Mottinière, en ce début du 18 ème siècle était encore en grande partie couvert de bois et de taillis, de friches, de landes, de bruyère et de marais où poussaient fougères, genêts et ajoncs. Le nom que portent les champs évoque comment était cette terre ingrate: la Croûte, la Grande Friche, la Friche de la Carrière, le Champ des Ronces, le Champ de la Mare, les Grandes Bruyères, la Grande Lande etc. Le village n'était habité à cette époque que par des catholiques.

Nicolas acheta le 17 juillet 1722, à Jean Beaunoir, marchand à Balleroy (près de Bayeux dans le Calvados) "une maizon de fond en comble avec salle, cellier, grange, estable, greniers et auttres aménagements, la cour de devant, la portion de terre derrière et au bout (...) item deux petites portions de terre s'entretenante ensemble, l'une plantée en pommiers et l'auttre labourable, (...) item une auttre petitte piece de terre nommée le Clos du Four jadis plantée en pommiers, (...) item une auttre petitte piece de terre sur laquelle il y a une ancienne maizon partie d'icelle cornée et quelques pommiers dessus (...), item une pettite portion de terre apellée les Vieils Courtil (...), item trois piece de terre labourable sentretenante ensemble divizée de hays et fossés apellée le Vaux Bunel, le Champ du Millieu et le Champ de Bas (...), item une piece ou portion de terre en pray nommée le Pray de Bas (...), item une piece de terre labourable nommée la Friche (...), item une auttre piece de terre labourable nommée les Longs Champs (...), item deux acre de terre en bruiere nommée la Bruiere Dendrouet (...), item une auttre portion de terre en pray nommée la Queue du Vivier Dendrouet (...), item une auttre piece de terre en pray nommé le Pray du Bois" le tout situé au village de La Mottinière. La vente fut réalisée pour le prix de 1900 livres, 800 livres à crédit et 1100 livres payées comptant dont 500 livres "des mains de Jacques Thoury et ses frères pour partie des promesses de mariage d'entre luy et Marie Thoury son épouze laquelle aura adresse specialle sur le présent aquest". C'est dans cette maison achetée en 1722 que Nicolas et Marie firent leur demeure.

Il acquit également le 16.05.1727, pour la somme de 250 livres, "trois pièces ou portions de terre tant en labour que plant, la première nommée le Champ de Bas (2 acres) (...), la seconde nommée le Clos du Four (6 perches) (...) la troisiesme nommée le petit jardin (6 perches)". Le contrôle des actes notariés indique qu'il acheta des terres également le 29.09.1724, le 4.12.1730 sur la paroisse de Landisacq, au village de la Basse-Hagrie etc. Il faisait valoir ces terres en les louant à des fermiers. Il les loua notamment à Charles Dufay pour la somme de 80 livres, le 10 oct.1723. Le 21 mars 1729, il bailla pour 5 ans moyennant la somme de 120 livres et 2 chapons à Guillaume Desert, la "terre de la Motinière se consistant en maisons, jardins, pré et terre labourable, comme en a joüy Charles Dufay si devant fermier avec l'augmentation du Pré de la Queue du Vivier et le Champ à Maillot et le Petit Clos du (Four ?)".

Nicolas de la Fontenelle était marchand, vraisemblablement marchand d'étoffes, comme la plupart de ses enfants et petits-enfants. Il devint "percepteur" (d'après Elise Amand), plus exactement collecteur de la taille de la paroisse de Fresnes. Un document de 1732 précise ainsi sa fonction: "collecteur, porte papier des deniers et tailles, capitations et autres crues". Le collecteur de la taille établissait lui-même la cote de chaque contribuable, il était responsable de la rentrée de l'impôt et disposait de garanties: créance privilégiée ou hypothèque sur les biens.

Un baptême huguenot

De son mariage avec Marie Thoury, il eut neuf enfants: Jacques (507), Marie (508), Nicolas (509), Pierre (510), Suzanne (511), Magdeleine (512), Charles (513), Marie (514), Nicolas (515), tous élevés, ainsi que toute sa descendance, dans les préceptes de la religion réformée.

L'ainé, Jacques de la Fontenelle (507) est l'ancêtre des Branches ainée et cadette de La Mottinière et de la Branche de Caen, Pierre (510) est l'auteur de la Branche de la Haute-Hagrie qui est encore représentée, Charles (513) et Nicolas (515) sont les parents de plusieurs enfants qui ont émigrés aux Iles anglo-normandes dans la seconde moitié du 18 ème siècle.

 

Un baptême huguenot

Nicolas de la Fontenelle est décédé en 1741.

 

Mise à jour le 14 mars 2002