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Jehan de la Fontenelle

 

Jehan (Jean) de la FONTENELLE,  sieur de la Fontenelle (IXème degré), fils aîné de Georges Turgot s'appelait avant 1577,  BODEY (le nom de sa mère) alias des TOURAILLES  et entre 1577 et 1594, TURGOT (101). Il était écuyer, huissier des chambellans ordinaires du roi (1597).

Jean des Tourailles, sieur de la Fontenelle et son frère, Jacques des Tourailles (c'est ainsi que les deux enfants furent dénommés) obtinrent d'Henri III, en septembre 1576, des lettres de légitimation en bonnes et dues formes qui furent vérifiées à la Chambre des Comptes de Paris, le 29 avril 1577 et publiées le 5 et 14 juin de la même année. Elles accordaient aux deux bâtards les mêmes droits et privilèges que ceux accordés aux enfants légitimes nés de père noble, leur permettant de porter le nom de TURGOT et les armes. Celle-ci devaient toutefois être barrées transversalement, en signe de bâtardise. Ils devaient donc porter : «Ecartelé : aux 1er et 4ème d'argent, semé d'hermines frettées de gueules, aux 2ème et 3ème d'azur, à trois tours d'argent, une barre de gueules brochant sur le tout ».

Dans une déclaration formelle en date des 11 février et 30 mai 1577, leur père reconnut « lesdit Jehan et Jacques pour ses enfans et les saisit de la succession mobile qui leur pourroit appartenir après son decedz et consent l'enthérinement desdites lettres de légitimation ». Leurs oncles, Nicolas Turgot, sieur du Désert et Jehan Turgot sieur de la Ruaudière, consentirent à entériner ces lettres de légitimation, par les déclarations du 5 janvier 1577 et 10 avril 1580.

Mais ces reconnaissances ne leur servirent pas beaucoup, car en 1585, après avoir porté le nom Turgot «par huit ans entiers sans aucun empeschement», leur oncle, Louis Turgot craignant certainement qu'ils ne tentent de lui succéder, leur intenta un procès dans le but de faire annuler la légitimation. Louis Turgot décéda en 1589 et son fils aîné, Jean devenu l'héritier légitime des terres des Tourailles continua le procès. Une sentence du vicomte de la Carneille, en date du 14 mai 1591, fit défense aux deux enfants de porter le nom Turgot, «ains [mais] se nommer Bodey ou des Tourailles».

Les habitants des Tourailles, à la recherche de nouveaux contribuables, attaquèrent de leur côté, Jehan des Tourailles pour qu'il paie la taille, bien qu'il n'eut jamais été imposé. La sentence des Elus de Falaise, du 6 février 1593, ordonna «qu'il paierait par provision».

Jehan interjeta appel de ces deux sentences devant le Parlement de Rouen, puis devant le Grand Conseil du roi. C'est en vain qu'en appelant au Grand Conseil, «Jehan des Tourailles soy disant Turgot » produisit « les certificats de messire Henry de Pellevé, seigneur de Flers, et de messire Robert de Harcourt, que ledit des Tourailles les auroit accompagnez aux armées pour le service du Roy, des 21 février 1581 et 1er décembre 1582 » et une déclaration formelle datée du 2 mai 1594 dans laquelle « il renonce à la succession desdit Turgot, pourvu qu'ilz ne luy succèdent point », le Grand Conseil confirma dans l'arrêt du 17 août 1594 les sentences précédentes. Henri IV annulait par cet arrêt, ce que Henri III avait accordé 18 ans auparavant : «Veu par le Conseil le procès par escrit, dit a esté que le Conseil a mis et met l'appellation à néant ; ordonné et ordonne que ce dont a esté appelé sortira son plein et entier effet; et sans avoir égard à laditte opposition, ordonne que l'exécution encommencée en vertu de ladite sentence du 13e juin sera parachée sans dépens desdites instances ».

Déchu de son nom et de sa noblesse, Jehan Turgot, sieur de la Fontenelle demanda la commutation de son nom en celui de : de la Fontenelle. Ce nom qu'il avait rajouté à son patronyme vient des pièces de terre appelées «la Fontenelle » et «la Grande Fontenelle» sises au village de la Peltrie, aux Tourailles. Celles-ci doivent leur nom à une fontaine qui recueille trois sources d'eau claire. Fontenelle est un diminutif de fontaine. Ces mots ont la même racine étymologique, ils viennent du latin populaire : fontana», «font», «fontis» qui signifient «source».

Jehan exposa au Grand Conseil qu'il «a faict plusieurs contratz soubz ce nom de Turgot qu'il a porté quinze ans entiers et davantage soubz l'authorité de ladite légitimation et qui a des enfans pourvus enz des bénéfices soubz ce nom de Turgot. Il n'auroit aujourdhuy autcun nom et ne peut le suppliant s'en attribuer ung autre sy [il] ne lui est permis […]. Il désire aujourdhuy prendre que pour conserver les biens par luy déjà acquis soubz le nom de Turgot et des Tourailles soubz lesquels il auroit par cy devant contracté, et permettre a ses enfans et postérité de se nommer de ce nom de la Fontenelle par cy après comme son surnom légitime».

Lettres de commutation de nom (100 ko)

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Henri IV lui accorda au mois d'octobre 1594 les lettres de commutation de nom qu'il demandait : «Scavoir, faisons que nous avons permis, accordé et octroyé, permettons, cotroy que et accordons, voulons et nous plaist de grace spécialle plaine puissance et autorité royalle par ces presentes, que le suppliant puisse et luy soit loisible et a ses enfans naiz et a naistre doresnavant soy faire appeler de la fontenelle au lieu que cy devant il s'appelloit Turgot lequel nom dela fontenelle leur avons baillé pour surnom». Le roi lui permettait également que les «contratz, promesses et obligations, legatz, testamentz, sentences, arretz et autres actes qu'il a par devant faictz soubz les surnoms de des tourailles et Turgot ensemble les promissions de bénéfices que ses enfans pourroient avoir obtenuz soubz ledit surnom de Turgot demeurent en leur force et vertu». Ces lettres furent publiées et enregistrées au greffe du Grand Conseil le 7 novembre 1594.

Trois ans plus tard, Henri IV voulut l'anoblir à cause «entre aultres, des services qui luy auroient esté faictz durant les presentz troubles» de la Ligue.

Lettres d'annoblissement (54 ko)

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Le roi exposa dans les lettres qu'il délivra au mois de mai 1597 que «Jean de la fontenelle, sieur du lieu [dela Fontenelle], huissier de ses chambellans ordinaires, filz naturel et légitime de feu Me Georges Turgot, luy vivant sieur des Tourailles et curé dudit lieu», nonobstant l'arrêt du Grand Conseil du 17 août 1594, dans lequel la légitimation fut déclarée nulle et ledit de la Fontenelle condamné de payer la taille aux Tourailles, «sa majesté à icelluy de la fontenelle, ses enffans, postérité et lignée masles et femelles, naiz et à naistre, anoblys et décorez du tiltre et quallité de noblesse, voullant qu'ilz jouyssent de tous honneurs, prerogatives et privilleges dont usent les aultres nobles du pays». Le roi lui faisait don de toute finance ou indemnité «à quelque somme qu'elle se puisse monter».

Mais la cour de Rouen qui examina ces lettres fit -probablement sous la pression des Turgot- obstacle à cet anoblissement. Elle ordonna qu'un conseiller irait aux Tourailles enquêter «des services pretendus par lesdites lectres de chartre dudict moys de may, des vye et mœurs dudit de la fontenelle, du nombre de ses enffans et de ses biens, s'il a contribué aux tailles et à quelles sommes, auquel cas les roolles des huit années dernieres de la parroisse où il est imposé seront representez», que les lettres soient lues aux habitants, à la sortie de la messe paroissiale et qu'il leur soit demandé «s'ilz entendent contredire et empescher l'effet dudit anoblissement et sy pour raison d'icelluy ilz en pretendent recompense ou indampnité».

Les habitants des Tourailles, à la recherche du plus grand nombre de contribuables, s'opposèrent, on s'en doute, à l'enregistrement de ces lettres d'anoblissement.

Jehan de la Fontenelle décéda probablement peu de temps après cette nouvelle mésaventure

Il avait épousé Geneviève du CHEMIN, de la famille du seigneur d'Echalou qui portait : «d'argent, semé d'hermines à deux chevrons d'azur». Elle fut inhumée dans l'église des Tourailles le 12 décembre 1620.

De ce mariage naquirent : Jean (201), Charles (202), Nicolas (203), Jacques (204), Jacques (205), Isabeau (206) et Margueritte (207).

201-Jean Turgot, prêtre. Il prit à Echalou, le 22 mai 1587, une provision apostolique qu'il garda jusqu'à sa mort. Il fut inhumé aux Tourailles le 27 mai 1596.
202- Charles de la Fontenelle, prêtre. Il prit une provision apostolique au prieuré de la Carneille (canton d'Athis) le 13 juin 1597. Une contestation s'éleva entre lui et le prieur, Alain Mousset, au sujet de la légalité de la possession et du revenu du prieuré. Une sentence du conseil du roi, en date du 14 décembre 1599, confirma le bénéfice du prieuré à Alain Mousset et condamna Charles de la Fontenelle aux dépens; il quitta le prieuré en août 1602, à la suite d'un compulsoire.
203- Nicolas de la Fontenelle, prêtre. Il prit une provision apostolique à Echalou, le 4 avril 1597, qu'il abandonna le 7 septembre 1638, au profit de son neveu, Nicolas de la Fontenelle (304), après avoir été curé de cette paroisse durant 41 ans. Il fut inhumé dans l'église des Tourailles le 26 février 1654, âgé de 76 ans. Il vendit le 15 mars 1609 à Claude Turgot, seigneur des Tourailles, «la grande maison des Tourailles [l'hôtellerie] avec sol ; cave, fournil, plant d'arbres» pour le prix de 1200 livres. L'acte fut passé en présence de son frère, Jacques de la Fontenelle, avocat à Falaise, Michel Regault, médecin, Michel Chauvin, chirurgien et de son oncle, Michel Bodey.
204- Jacques de la Fontenelle, sieur de la Vallée, écuyer, licencié aux lois, avocat au baillage de Falaise, sénéchal au Mesnil-Briouze (1614), il fut inhumé dans l'église des Tourailles le 7 décembre 1649. Il épousa vers 1610 Anne LE PORTIER de laquelle il eut 9 enfants, dont descendent la totalité des de la Fontenelle / Delafontenelle et les branches alliées, catholiques et protestantes, aux Tourailles, Sainte-Honorine-la-Guillaume, Fresnes et environs.
Gustave Delafontenelle né aux Tourailles en 1840, probablement décédé après 1902 à Paris  est de dernier représentant de la branche catholique. Robert Delafontenelle, décédé en 1993 à Tinchebray qui appartenait à la branche protestante, était l'unique représentant mâle de sa génération. Père de deux garçons, grand-père de six petit-enfants, dont trois garçons, il est peut-être l'ancêtre d'une nouvelle lignée.
205- Jacques de la Fontenelle (2ème du même prénom), sieur de l'Isle, écuyer, avocat, greffier des sceaux du roi en 1613. Domicilié dans la paroisse de Durcet en 1643. Il épousa Margueritte de la CROIX.
206- Isabeau de la Fontenelle, citée comme marraine de Jehan Bodey, fils de Mollad et de Marie Morand, baptisé à l'église des Tourailles, le 2 juin 1596.

207- Margueritte de la Fontenelle, inhumée le 10 septembre 1628, durant une épidémie de peste.

 

    Mise à jour le 14 mars 2002